L’Algérie de Wassyla TAMZALI

 

 

En Algérie, la violence n’a pas pris fin avec les Accords d’Evian de mars 1962 : il y eut les attentats de l’OAS, les massacres des Harkis et de leurs familles abandonnés par la France, les luttes entre Algériens pour le pouvoir ( qui fut  bien vite récupéré par l’Armée ).

 

Comme dans toutes les ex-colonies, les nouveaux dirigeants ont orchestré la modernisation du pays (routes, adductions d’eau, écoles … ) mais pas la modernité (absence des libertés fondamentales).

 

Dans les années 1960-1970, on pensait au développement et à l’éducation. La revendication identitaire est apparue dans les années 1980. La revendication religieuse, dans les mêmes années, en réponse à l’absence de démocratie.

 

 

En Algérie, la seule chose qui a pris, c’est de la religion ; l’islam s’est imposé par la force dans les années 1990. Depuis quelques années, les méthodes ont changé mais la religiosité grignote tous les pans de la société.

 

Le Maghreb s’est tourné vers l’Arabie Saoudite (films et journaux arabes, …)

 

En Algérie, le wahabisme est omniprésent (télévision, cassettes et brochures sur les marchés, tenues vestimentaires de rigueur, horaires de fermeture des boutiques en fonction des heures de prière, plages non mixtes, …)

 

 

L’Algérie connaît une véritable régression :

 

Les journaux sont libres mais l’Algérie a été dépolitisée. Le R. C. D. et le F. F. S. (deux partis d’opposition) ont été discrédités par le mouvement des "Arouchs" (Mouvement dit citoyen).

 

Personne ne croit plus en une solution politique. Les libéraux, les libre-penseurs et les intellectuels (ceux qui sont encore là) sont déconsidérés.

 

La société algérienne est atomisée : s’il y avait 1000 personnes à Paris pour l’opération " 20 ans, ça suffit !" (pour la suppression du Code de la famille), il y avait 8 à Alger !

 

Et cette régression veut s’afficher comme étant l’avenir !

Pourtant ses méfaits sont bien visibles : intolérance, violences faites aux femmes, recrudescence de la polygamie …

 

« En présentant un rapport alternatif à l’ONU, j’ai appris que la polygamie a atteint 5,8 % en Algérie en 2004. (Elle était à peine de 1 % en 1962) ! »

 

 

 

Wassyla TAMZALI à la MIR* le 14 mars 2010.

 

*Maison Internationale de Rennes (Bretagne-France)

 

 

 

 

 

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M.Dib, conférencier et M.Monnoyer par M.AKBAL (3)

 

Lettre de Mohammed Dib à Maurice Monnoyer

 

 

Tlemcen. le 31 décembre 1952

 

Cher Maurice Monnoyer.

 

 

Ayant été un peu grippé ces jours derniers, je n’ai pas trouvé le courage nécessaire pour vous écrire plus tôt. J’en suis d’autant plus navré que j’étais impatient de vous exprimer ma gratitude.

 

Tout ce que vous m’avez envoyé m’est bien parvenu. Merci mille fois ! Et bien vivement.

 

Je vous sais gré de la scrupuleuse fidélité avec laquelle vous avez reproduit notre entretien dans « L’Effort Algérien ». Bien plus, vous avez réussi à suggérer un portrait de moi où je me suis facilement reconnu. C’est un de ces signes à quoi se reconnaît l’amitié. De mon côté, ce que je souhaite aussi c’est que nos relations dépassent l’utilité immédiate, bien que celle-ci nous ait permis de faire connaissance. D’ailleurs j’ai remporté beaucoup de regret d’Alger à cause de la véritable conversation que nous n’avons pas eue : car un interview n’est qu’un entretien manqué.

 

Comme vous avez bien fait de prendre la décision d’envoyer votre manuscrit au Seuil. Indépendamment du fait qu’un livre est écrit pour être publié, un manuscrit qu’on on garde par devant soi vous « bloque ». De toute façon, aux éditions du Seuil vous êtes assuré de trouver l’accueil le plus totalement compréhensif. Et sans anticiper sur leur décision. je vous engagerais amicalement à continuer d’écrire. Le journalisme est une bonne école ; il aide efficacement à briser le moule « classique » que nous impose une formation trop uniforme et  qui n’est pas toujours au même niveau que l’époque. De plus, la vision commune, ordinaire et quotidienne de la vie, que permet le journalisme, me semble très utile pour le roman, genre qui plus qu’aucun autre a besoin plus de substance que de style.

 

Et puisque le moment s’y prête, permettez-moi de vous souhaiter de tout mon cœur un rapide succès auprès de l’éditeur pour votre premier roman.

 

Bien cordialement vôtre. Mohammed Dib.

 

 

Mehenni AKBAL

 

Mohammed Dib, conférencier

Maurice Monnoyer témoigne

 

Éditions El-Hamel

Alger

2009

 

 

 

 

 

Maurice Monnoyer à l’ "L’Effort Algérien" en 1952.      

 

 

 

 

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M.Dib, conférencier et M.Monnoyer par M.AKBAL (2)

 

 

 

La Grande maison (Présentation par Maurice Monnoyer)

 

La Grande maison,

roman de la faim de Mohammed Dib

 

" Il avait terriblement faim toujours et il n’y avait presque rien à manger à la maison. Il avait faim au point que certaines fois sa salive durcissait en écume dans sa bouche. Subsister, par conséquent, était pour lui l’unique préoccupation.

 

Il était pourtant habitué à n’être jamais rassasié ; il avait apprivoisé sa faim. À la longue, il put la traiter avec l’amitié due à un être cher : il se permit tout avec elle.

 

Mais Omar songeait :

 

– On a des idées, c’est sûr. Mais alors elles ne sont en rien bizarres. Des idées qu’on en a assez de cette faim ; que c’en est trop. On veut savoir le comment et le pourquoi des choses. C’est des idées, ça ?

 

C’est peut-être des idées. Là, seulement, il y avait six personnes de qui la faim rongeait la chair. On ne comptait pas les autres, les milliers et les milliers du dehors, de la ville, du pays tout entier. Forcément on avait des idées…

 

 

– Ce n’est pas compliqué quand six personnes ont faim. La faim, c’est simple,- c’est la faim, ni plus ni moins-.

 

Alors ? Alors il voulait savoir le comment et le pourquoi de cette faim. C’était simple, en effet, il voulait savoir le pourquoi et le comment de ceux qui mangent et de ceux qui ne mangent pas. "

 

Ces deux extraits du premier roman de Mohammed Dib, qui inaugure la collection «Méditerranée» (dirigée par Emmanuel Roblès) aux éditions du Seuil, donnent la clef de La Grande maison. Je précise tout de suite qu’à mon avis La Grande maison est moins un roman qu’un reportage romancé, mieux un témoignage. Pourquoi ? Parce que l’auteur ne cherche pas tant à raconter une histoire, à divertir (au sens profond du mot) qu’à exprimer avec vigueur les préoccupations et les souffrances d’un monde qu’il connait bien.

 

Ce témoignage est poignant, et d’autant plus pour moi que l’auteur m’a, comme on sait, déclaré au cours de l’interview qu’il m’a accordée (L’Effort algérien du 19 décembre 1952) : « Tout ce qui est dit à propos d’Omar et de son milieu a été pris directement dans la réalité. Il n’y a pas de détail –aucun, je puis vous l’affirmer – qui ait été inventé ».

 

Le personnage central du livre, le petit Omar, habite Dar Sbitar, maison grouillante de Tlemcen, peuplée de femmes jacassantes et d’enfants turbulents.

Que se passe-t-il ? Rien d’extraordinaire. Mais la faim animale est là, tenace, contre laquelle luttent Aïni et les siens.

 

Omar va encore à l’école, et ses soeurs ne sont d’aucun secours pour leur mère. Comment cette veuve peut-elle subvenir aux besoins du ménage ? En piquant à la machine, des heures durant, des tiges d’espadrilles pour un salaire dérisoire. « Aïni avait eu tant de malheurs dans sa vie, une misère qui durait depuis tant d’années que les nerfs s’étaient usés dans la lutte quotidienne ». Quelquefois, elle est à bout, elle bouscule sa progéniture, elle rudoie sa propre mère, affamée aussi et dont les jambes sont mangées par les vers. Lentement, le foyer s’enfonce dans la plus noire Misère…

 

Omar est encore un enfant. Il réfléchit, à sa manière. Il a le sentiment qu’il est un être libre. Il croit au bonheur. Un jour, il déclare : « Je veux m’instruire. Quand je serai grand je gagnerai beaucoup d’ argent ». Tante Lalla lui rétorque :

 

« Renonce à tes idées. Il te faudra travailler comme une bête si tu veux seulement vivre… ce n’est pas pour toi, ver de terre… Tu auras à être. un homme, ou tu seras écrasé… »

 

Ce roman brûlant traduit un cri : « Ayez pitié de ceux qui ont faim ! Ayez pitié des pauvres » Il a l’inestimable mérite de conduire le lecteur dans l’intimité d’un modeste foyer musulman où l’on voit, par exemple, la mère jeter une poignée de haricots secs pour calmer la faim de ses petits. Mais on y assiste à d’autres scènes, les unes gaies, les autres touchantes.

 

On a accusé l’auteur d’essayer d’introduire une pensée politique dans son livre. Le reproche ne me paraît pas justifié, en dépit de telle ou telle page susceptible de faire « bondir » certains lecteurs. C’est André Maurois qui écrivait récemment que l’écrivain, s’il a le droit d’être passionné, « a le devoir, lorsqu’il prétend offrir une image du réel, d’être vrai… » Mohammed Dib nous apporte son témoignage. Ce témoignage en vaut un autre, et ce n’est pas parce qu’il risque de nous offusquer que nous devons le repousser.

 

D’ailleurs, l’auteur manifeste son souci d’objectivité lorsqu’il fait dire à tante Hasna parlant des Arabes que l’on conduit dans les prisons : « Ces hommes font de la politique et troublent l’esprit des gens… Ce sont des imbéciles. Ce qu’ils veulent, c’est supplanter les Français. Ils sauront gouverner, eux ? »

 

La Grande maison se termine en 1939, à la déclaration de la guerre. Nous retrouverons Omar dans les deux volumes, qui avec celui-ci, formeront la trilogie romanesque « Algérie ». Mais il faut conclure. Tout comme Le Fils du pauvre et La Colline oubliée, La Grande maison est un ouvrage de poids. Il atteste du courage de son auteur dont la classe, considérée du seul point de vue littéraire, est indéniable.

 

Mohammed Dib sait donner vie et souffle à ses personnages. Il sait aussi créer une atmosphère, dresser des décors de roman. Son style, un peu sec, sans bavures, gagnerait peut-être à s’assoupir. Détail.

 

Ajouterai-je que j’ai lu La Grande maison avec intérêt soutenu de bout en bout ?

 

 

(Maurice Monnoyer, In : l’Effort algérien, du 23 janvier 1953).

 

 

 

 

Mehenni AKBAL

 

Mohammed Dib, conférencier

Maurice Monnoyer témoigne

 

Éditions El-Hamel

Alger ; 2009

 

 

Pages 41-45

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M.Dib, conférencier et M.Monnoyer par M.AKBAL (1)

 

 

 

Présentation

 

Je ne suis ni historien ni critique littéraire. Et je n’ai aucune prétention à le devenir. Ici, je fais œuvre de documentaliste. J’essaye de rendre compte par des textes et des documents peu connus et/ou inédits des premières années d’écrivain de Mohammed Dib dont la célébrité universelle est allée grandissante jusqu’à s’établir définitivement.

 

Remontant au début des années 50, période décisive et lancinante de sa carrière, ces textes et ces documents, qui se passent de tout commentaire, seront à coup sûr d’un apport documentaire indéniable pour les chercheurs et les universitaires, voire pour un large public.

 

Ils renseignent sur :

 

– Son entrée, en émargeant aux Editions du Seuil avec ses célèbres romans La Grande maison en 1952 et L’Incendie en 1954, dans le monde de la littérature.

 

– Sa participation, à une conférence, intitulée : « Le prolétariat des villes » aux Journées d’Études du Secrétariat Social d’Algérie. tenues à Alger. du 27 au 30 mai 1954. Cette conférence. qui est une véritable dénonciation et révélation de la colonisation, a été donnée à l’instigation de Maurice Monnoyer, critique littéraire et rédacteur en chef de l’hebdomadaire L’Effort Algérien. À cinquante-cinq ans de distance, son témoignage est d’une extrême précision.

 

Au lecteur de découvrir la logique d’organisation qui a prévalu pour rendre cohérente la présentation de ces textes et de ces documents.

Alger, le 21 Juillet 2009
Mehenni Akbal.
Maître de conférences à l’université d’Alger.

 

 

Mehenni AKBAL

 

Mohammed Dib, conférencier

Maurice Monnoyer témoigne

 

Éditions El-Hamel

Alger

2009

 

 

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Arbre tronqué (Réponse)

Voici la photo que j’ai trouvée sur le NET :
 
 
 
 
 
et voici celle qu’un ami internaute m’a envoyée :
 
 
Arbres siamois !
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Arbre tronqué

Sauriez-vous compléter la photo de cet arbre (trouvée sur le Net) ?
 

Dites-moi à quoi il ressemble !

 

 

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L’Elu (Tahar DJAOUT) fin

 

La 2ème partie est ici :

 

 

Le désert s’étend, illimité, devant moi. Je cherche autour de moi un critère quelconque qui puisse rompre la monotonie du paysage. Aucun. Un désert plat, interminable, rouge. J’aurais bien voulu m’arrêter pour abreuver mon corps d’une sieste qu’il réclame implacablement. Mais aiguillonné par je ne sais quelle volonté imperturbable, je continue ma recherche.

 

Le soleil semble très bas maintenant. Je ne sue pas. Mais cette impression de lourdeur qui pèse sur mon corps s’accentue et je n’avance qu’à grand-peine. Mais il le faut. Il faut tuer le désert pour faciliter ma recherche. Il faut pulvériser ce rouge pour me rapprocher de l’Éden. Il faut narguer le soleil qui m’assassinera bientôt. Oui, je sais qu’il le fera. Sans vergogne. Ô multitude humaine, haro sur le soleil ! Où vous m’avez laissé seul, en face de tous ces spectres, ses vassaux ? Malgré mon frêle squelette d’homme, il avait eu peur de moi. Mais cette ligue arrivera bien à bout de ma vie, de la recherche, jamais !, car je la continuerai au-delà.

 

J’ai beau crier maintenant. Je ne sais pas ce que je dis. J’ai juste assez de lucidité pour comprendre que je commence à perdre mes facultés intellectuelles. Mais des éclairs de raison me traversent parfois l’esprit. Et je peux alors considérer l’égarement qui prend possession de ma personne. Ces retours soudains et instantanés de la raison sont sûrement dûs à une douleur – physique, celle-là -. Une soif horrible me lime la gorge. Mais dans l’inconscient, la soif écorche mes sens de douleurs stridentes.

 

Plus rouge que jamais le désert qu’enflamment les lucioles. Haro sur le soleil ! Il ne veut plus me lâcher d’un pas. Me cacher du soleil, voilà tout ce que je peux. Cesser pour un moment – si court soit-il – de me sentir traquer par l’oeil brûlé et vaporeux. Oui. Voilà, j’ai trouvé : fouir. Je vais creuser le désert avec mes ongles et je finirai bien par trouver un abri. Il n’a pas besoin d’être frais, mon abri. Car je sais que la fraîcheur est une hôtesse de l’Éden. Mais je veux que mon abri soit protégé contre ce grésillement – j’étouffe – qui roule dans ma tête.

 

Je vais commencer à creuser. Mais ongles sont solides. Lorsqu’ils seront cassés, je creuserai avec mes doigts tout nus. Car le sol doit être friable. La tête me tourne. Il faut quand même creuser… Mais, oh ! la soif… et la recherche. La soif m’écorche le gosier. Et ma recherche ? Si je me mets à creuser, comment chercher ?

 

La soif, surtout, est intolérable. Ma gorge est sûrement en sang. Loin de me faire oublier ma recherche, la soif s’y additionne et, à deux, elles me font horriblement souffrir.

 

Il faut donc tuer le désert. Mais quelle divinité vient soudain mettre un baume sur mes plaies ? Dieu tout-puissant ! Ce vert, non, ce n’est pas le soleil. Là-bas. Oui, vert. Vert. Chlorophylle. Vie. Je sens que là-bas est la délivrance. Là-bas est la fin de la soif. Là-bas est la solution de la recherche. Il faut y aller… Soleil… Vert… Dieu… Clé de l’énigme. Mes sens ne doivent pas me tromper. Je suis lucide maintenant, malgré la soif…

 

… Je ne suis qu’à quelques pas. Il le faut. La vie. Un effort ! J’y suis. Je vais le toucher…

 

Ô dans le gouffre, chute combien interminable, Dieu, roulement effroyable dans mes yeux exorbités et éclatement cérébral mais le fond de l’abîme…

 

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