L’Elu (Tahar DJAOUT) fin

 

La 2ème partie est ici :

 

 

Le désert s’étend, illimité, devant moi. Je cherche autour de moi un critère quelconque qui puisse rompre la monotonie du paysage. Aucun. Un désert plat, interminable, rouge. J’aurais bien voulu m’arrêter pour abreuver mon corps d’une sieste qu’il réclame implacablement. Mais aiguillonné par je ne sais quelle volonté imperturbable, je continue ma recherche.

 

Le soleil semble très bas maintenant. Je ne sue pas. Mais cette impression de lourdeur qui pèse sur mon corps s’accentue et je n’avance qu’à grand-peine. Mais il le faut. Il faut tuer le désert pour faciliter ma recherche. Il faut pulvériser ce rouge pour me rapprocher de l’Éden. Il faut narguer le soleil qui m’assassinera bientôt. Oui, je sais qu’il le fera. Sans vergogne. Ô multitude humaine, haro sur le soleil ! Où vous m’avez laissé seul, en face de tous ces spectres, ses vassaux ? Malgré mon frêle squelette d’homme, il avait eu peur de moi. Mais cette ligue arrivera bien à bout de ma vie, de la recherche, jamais !, car je la continuerai au-delà.

 

J’ai beau crier maintenant. Je ne sais pas ce que je dis. J’ai juste assez de lucidité pour comprendre que je commence à perdre mes facultés intellectuelles. Mais des éclairs de raison me traversent parfois l’esprit. Et je peux alors considérer l’égarement qui prend possession de ma personne. Ces retours soudains et instantanés de la raison sont sûrement dûs à une douleur – physique, celle-là -. Une soif horrible me lime la gorge. Mais dans l’inconscient, la soif écorche mes sens de douleurs stridentes.

 

Plus rouge que jamais le désert qu’enflamment les lucioles. Haro sur le soleil ! Il ne veut plus me lâcher d’un pas. Me cacher du soleil, voilà tout ce que je peux. Cesser pour un moment – si court soit-il – de me sentir traquer par l’oeil brûlé et vaporeux. Oui. Voilà, j’ai trouvé : fouir. Je vais creuser le désert avec mes ongles et je finirai bien par trouver un abri. Il n’a pas besoin d’être frais, mon abri. Car je sais que la fraîcheur est une hôtesse de l’Éden. Mais je veux que mon abri soit protégé contre ce grésillement – j’étouffe – qui roule dans ma tête.

 

Je vais commencer à creuser. Mais ongles sont solides. Lorsqu’ils seront cassés, je creuserai avec mes doigts tout nus. Car le sol doit être friable. La tête me tourne. Il faut quand même creuser… Mais, oh ! la soif… et la recherche. La soif m’écorche le gosier. Et ma recherche ? Si je me mets à creuser, comment chercher ?

 

La soif, surtout, est intolérable. Ma gorge est sûrement en sang. Loin de me faire oublier ma recherche, la soif s’y additionne et, à deux, elles me font horriblement souffrir.

 

Il faut donc tuer le désert. Mais quelle divinité vient soudain mettre un baume sur mes plaies ? Dieu tout-puissant ! Ce vert, non, ce n’est pas le soleil. Là-bas. Oui, vert. Vert. Chlorophylle. Vie. Je sens que là-bas est la délivrance. Là-bas est la fin de la soif. Là-bas est la solution de la recherche. Il faut y aller… Soleil… Vert… Dieu… Clé de l’énigme. Mes sens ne doivent pas me tromper. Je suis lucide maintenant, malgré la soif…

 

… Je ne suis qu’à quelques pas. Il le faut. La vie. Un effort ! J’y suis. Je vais le toucher…

 

Ô dans le gouffre, chute combien interminable, Dieu, roulement effroyable dans mes yeux exorbités et éclatement cérébral mais le fond de l’abîme…

 

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Un commentaire pour L’Elu (Tahar DJAOUT) fin

  1. Leguelmois dit :

    Tahar Djaout était un grand homme, une belle plume avec un style talentueux bien spécifique. Personnellement, je m\’en inspire de sa façon d écrire dynamique, contemporaine. Dommage que l\’obscurantisme nous a privés de cet homme et de sa plume. Ceux qui l\’ont connu ou lu le garderont respectueusement en mémoire.Leguelmois

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